mercredi 4 juillet 2018

CINEMA ou UTOPIE?



Certaines rumeurs  reparlant d'un dessin animé éventuel ayant filtrées, il est bon de mettre les pendules à l'heure... 

Il y a près de deux ans, le département audio-visuel de Dupuis nous a relancés pour une adaptation en dessin animé des aventures de Yoko... La réaction de Roger  fut simple...Avant toute discussion, montrez- moi ce que sera Yoko  sur le petit écran... Jamais cette demande ne fut suivie  du moindre bout d'essai... Non! on devait se réunir autour d'une table et faire confiance... Je regrette  a dit Roger mais quand j'achète une voiture je vais d'abord la voir et je l'essaie avant de signer un contrat d'achat... 

Cela fait près de 50 ans cette année que Roger a créé Yoko graphiquement et  elle n'a jamais trahi ses lecteurs... Roger a oeuvré en solitaire pour la faire vivre  et apprécier ...  En un mot Roger a élevé sa fille de papier lui-même et il n'entend pas qu'on s'en serve pour la lancer dans des aventures commerciales  ne correspondant pas graphiquement  aux albums qui  ont la confiance de ses lecteurs...

Les droits audio-visuels de Yoko restent donc propriété totale de la S.A. Créations Roger Leloup...   

L'article paru jadis dans les billets de Yoko et repris  ci-dessous reste donc d'actualité et il était bon de rappeler la position de l'auteur qui à 84 ans et par expérience estime réserver les aventures de Yoko  aux albums  en bande dessinée.



Depuis 1984, des projets d’adaptation de Yoko en animation pour le grand et petit écran en se sont succédés… et aucun n’a abouti car les intentions y étaient mais les capacités de réalisation n’y étaient pas…

Ces derniers temps, les mises en cinéma live de personnages issus de la BD ont relancé les intentions d’essai de certains, attirés par l’univers de Yoko… Tout cela n’étant qu’intentions et ébauches de projets … 

Si nous ne pouvons empêcher les intéressés à répandre (dans les festivals et la presse), leur désir de produire Yoko Tsuno en animation ou en live, nous certifions qu’aucun accord ni option n’ont été accordés à ce jour concernant la moindre adaptation de Yoko en audio-visuel…dont Roger Leloup est le seul à posséder les droits et le pouvoir de les partager…

Le seul partenariat légal, qui lie Yoko à un éditeur, ce sont les albums originaux en français et leurs adaptations en langue étrangères sous forme d’albums imprimés que Roger partage avec les éditions Dupuis depuis 1970… 

Roger a assez perdu de temps au détriment d’albums qu’il aurait pu ajouter à la série Yoko Tsuno pour s’attarder désormais sur des chimères qui n’aboutissent pas…mais on peut croire aux miracles… Yoko y reste attentive sous protection de son auteur…


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jeudi 7 mai 2015

A propos du « Secret de Khâny », 27ème tome des aventures de Yoko Tsuno




A propos du  « Secret de Khâny »,

En créant Yoko en 1968, je l’ai lancée d’emblée dans  la science fiction spatiale par  la découverte du monde souterrain des Vinéens  auxquels, au long de trois albums, je me suis efforcé de donner une genèse plausible.  Yoko y a tissé des liens d’amitié  privilégiés  avec Khâny, responsable  du contrôle biologique d’une population  défiant le temps par une mise en léthargie contrôlée… La  base était établie : extra-terrestres  à la peau bleutée, vivant sous nos pieds, dans un sommeil artificiel, avant le retour vers leur planète d’origine : Vinéa… qui, contre toute prévision, avait survécu à la destruction.

Désireux de diversifier les aventures de Yoko, j’ai alterné  les genres en passant de la  science- fiction spatiale à l’anticipation et les voyages temporels  terrestres. Chaque univers ayant ses préférences chez mes lecteurs et lectrices.  Mais, celui des Vinéens  pouvait m’emmener dans des fantaisies spatiales  les plus extravagantes et loin des logiques  scientifiques de Yoko… J’ai donc recentré  l’intérêt sur la « réalité historique » de la présence des Vinéens sous la Terre. Pourquoi  courir avec eux de planète en planète alors qu’ils colonisaient, sous nos pieds, un univers  plus proche et interpellant, voire dangereux, pour nous. L’idée d’un récit a germé et il m’est apparu la certitude qu’un album ne suffirait pas à développer  un  sujet aussi important… J’ai donc  opté pour une trilogie comme je l’avais fait pour les premiers récits avec les des Vinéens .
« La servante de Lucifer » en est le premier tome…  « Le secret de Khâny » le second … « Le 28ème album , qui n'a pas encore de titre en sera le 3ème  (Si  les anges me permettent de l’achever )… Bien que complet par lui-même, chaque album s’enchaîne chronologiquement  au suivant.

« Le secret de Khâny »  est terminé et diffusé depuis le 5 juin 2015 …  Je l’ai voulu dédié en premier à Khâny, que mes lecteurs me réclament souvent et que je retrouve avec bonheur.  Khâny me manque parfois… Elle est à la base de l’intérêt des lecteurs de la première heure et pourrait au besoin  prendre la place de Yoko en héroïne principale… Ses connaissances scientifiques sont supérieures à celles de Yoko et c’est parfois visible  dans certaines situations où Yoko doit se faire expliquer, par son amie bleue,  les choses  qui la dépassent. Bien que je n’aie jamais voulu faire des Vinéens un peuple hyper surdoué, il faut reconnaître que, techniquement, ils ont de l’avance sur nous dans maints domaines y compris certains qui ont de quoi nous faire peur

Si le thème général situe l’avenir des Vinéens bloqués sous Terre, il en est un autre qui relie les trois tomes… C’est le développement par les Vinéens d’ intelligences  artificielles : robots perfectionnés et imitations perfectionnées de l’homme que  sont leurs androïdes… On en  resterait  là, dans le domaine de la mécanique  et d’intelligences programmées sous contrôle humain si la perfection de leurs réactions ne poussait parfois Yoko à les considérer comme des êtres humains. Là, Yoko est en contradiction avec les Vinéens qui eux n’y voient que des machines pensantes et des auxiliaires d’action. Mais pour Yoko un petit robot, appelé Myna, qui se jette devant elle pour lui sauver la vie dans « Les exilés de Kifa » ce n’est plus une machine mais un être qui agit selon sa « conscience »

Nos rêves « futuristes » sont peuplés de robots  qui nous assisteraient en toute matière… Ils construisent des voitures, ils  pensent pour nous  et trient à notre place des données "ingérables" pour un modeste cerveau humain …Je parle des ordinateurs de plus en plus performants auxquels nous confions souvent nos décisions et sans lesquels les gestions vitales d’un pays voire de la planète sont déjà incontrôlables  sans leur assistance … Et si un jour ils pensaient sans l’apport de nos données et devenaient autonomes…  Impossible me direz-vous, ils resteront des machines…  A condition que l’on ne dépasse pas l’interdit en les créant biologiquement…
 Si l’on remplace des éléments  déficients  par des transplantations  ou greffes  on  cherche aussi à fabriquer des prothèses pour prendre la place de nos coeurs déficients… Demain ce sera d’autres organes… D’autres tentatives… Pourquoi pas  obtenus biologiquement… Quel pourcentage l’étique acceptera-t-elle d’artificiel dans un être pour qu’il soit encore considéré comme "humain" ?…

Biologiquement on progresse aussi dans la création de tissus humains  et qui sait si cela ne mènera pas un jour à la créations d’être biologiques à l’image de l’homme… Ce n’est pas au programme  d’un futur proche…heureusement, nous ne sommes pas encore prêts à produire une merveille de remplacement d’un cerveau humain et de sa complexité non encore  contrôlée… Notre conscience  n’est pas encore en péril…Mais, puisque nous sommes dans la science-fictions avec les vinéens et leurs connaissances avancées on peut leur attribuer cette possibilité… Ce que j’ai fait en cet album 27

Car c’est un être entièrement fabriqué biologiquement que Khâny va découvrir  caché au milieu d’autres ados Vinéens  normaux… J’ai voulu qu’elle ( c’est une ado) soit une ado fragile aux fins de limiter sa puissance .…  Pour les Vinéens axés sur la survie de leur race, elle n’est que le résidu d’une expérience qui n’a pas eu de suite positive mais Khâny, plus humaine (un cadeau de Yoko, qui sait ?) rejette cette conclusion… La petite créature se meurt et Khâny au péril, de sa vie, va la sauver à l’insu de tous… Jusqu’au jour où la petite lui échappe pour suivre une voie bien dangereuse autant pour elle que pour les communautés  terriennes et vinéennes. Il y a donc nécessité absolue pour Khâny de la récupérer sur Mars où elle s’est enfuie et de convaincre Yoko de l’y aider.



La réaction de Yoko était intéressante de suivre au fil de son voyage  vers Mars jusqu’au  moment du face à face avec celle qu’elle croit être un monstre…  Il était aussi important d’isoler Yoko avec cette nouvelle venue  qui souffre de  son origine et veut se sacrifier pour gagner le droit d’exister… Jamais Yoko ne s’est trouvée en pareille situation… Mentalement et physiquement… J’avais là un sujet fort qui me permettait de pousser Yoko à la réflexion et au choix…

Quant à la planète Mars, comme tout le monde, elle m’a fasciné depuis mon enfance… L’année dernière elle était très visible dans le ciel étoilé et je la contemplais en promenant mon chien…Je me suis même pris à lui parler d’elle… Mon chien, malgré qu’il s’appelle Newton, n’a jamais levé le museau, estimant que ce n’était pas son affaire…
Rejoindre Mars et s’y promener, est une utopie encore irréalisable par les hommes et je gage que le jour où ils réaliseront cette prouesse technique,  ils ne trouveront pas sur Mars l’optimisme que les idées « science-fiction des hommes » lui attribuent…  Depuis que Curiosity, petite merveille technique s’est posé sur Mars, pour l’analyser et y forer un trou de 6 cm de profondeur… pour nous révéler que, sous son manteau de rouille, la roche était grise, Bien qu’émerveillé par la mise en place de ce rover et des ses performances autonomes étonnantes  je reste persuadé que Mars est un univers mort qui pourrait entraîner vers un destin identique  tout être humain imprudent qui, pour la gloire éphémère d’un pays, prendrait le risque d’un tel voyage terriblement coûteux et complexe… Mais j’ai un jour lu la guerre des mondes de Wells et les « martiens et leurs canaux restent  un rêve de jeunesse qui  peine à s’effacer…  Alors je chasse parfois la réalité pour ne garder que le rêve…

J’espère, après toutes ces  craintes et considérations, que l’optimisme et le don de soi que Yoko  offre en cette aventure  vous la fera  aimer… J’ai réussi  la mener à terme  et vous l’offrir… Merci de votre confiance.

Roger Leloup… et … Yoko Tsuno